Article · publié le 7 juillet 2026
Réforme du DPE 2026 : le bilan à 6 mois, entre effet réel et statistiques trompeuses
Le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9 dans le calcul du DPE, avec environ 850 000 sorties de passoire attendues. Six mois après, France DPE publie un premier bilan : 590 289 DPE électricité établis depuis janvier, et des statistiques de flux qui exigent une lecture prudente.
Écrit par François-Xavier Tournut · Expert immobilier
Ce que la réforme a changé au 1er janvier 2026
L'arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel du 26 août 2025, a abaissé au 1er janvier 2026 le coefficient de conversion en énergie primaire de l'électricité, de 2,3 à 1,9, dans le calcul du DPE. Ce coefficient intervient directement dans la consommation en énergie primaire (CEP) qui détermine la classe DPE. Selon l'estimation gouvernementale, environ 850 000 logements chauffés à l'électricité sortent ainsi du statut de passoire thermique, et aucun logement ne se dégrade.
Autre point clé : les DPE établis avant 2026 restent utilisables. Leurs propriétaires peuvent obtenir gratuitement une attestation de nouvelle étiquette sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME, sans refaire de diagnostic. Notre page dédiée DPE 2026 détaille la démarche pas à pas.
Six mois après : ce que montrent les nouveaux diagnostics
Selon les données France DPE, 590 289 DPE de logements chauffés à l'électricité ont été établis depuis le 1er janvier 2026. Leur part de classes F et G atteint 8,9 %, contre 7,9 % pour les DPE électricité établis en 2025.
À première vue, le résultat surprend : la part de passoires augmente dans les nouveaux diagnostics, là où la réforme devait la réduire. Conclure à un échec serait pourtant une erreur de lecture, et c'est précisément là que la précaution méthodologique s'impose.
Pourquoi les statistiques de flux sont trompeuses
Le même mouvement s'observe en effet sur le gaz, pourtant non concerné par le changement de coefficient : 7,4 % de F/G parmi les DPE gaz de 2025, 8,4 % en 2026. Cette hausse parallèle signe un effet de composition : sous la pression réglementaire (interdictions de location, obligations lors de la vente), ce sont davantage de logements anciens et énergivores qui passent aujourd'hui au diagnostic.
L'effet mécanique du coefficient est bien réel : à logement identique, l'étiquette s'améliore avec le passage de 2,3 à 1,9. Mais dans les flux de nouveaux DPE, cet effet est masqué par le biais de sélection décrit ci-dessus. Comparer la part de passoires d'une année sur l'autre revient à comparer deux populations de logements différentes, et non le même parc avant et après réforme. Les statistiques de flux mesurent d'abord qui fait diagnostiquer son logement, pas l'effet isolé de la réforme.
Le stock : 550 624 logements électriques encore classés F ou G
La photographie du stock est plus parlante. Selon les données France DPE, 550 624 logements chauffés à l'électricité sont encore classés F ou G dans la base, soit 9,2 % des 5,99 millions de DPE électricité recensés. La comparaison entre énergies de chauffage reste éclairante : la part de F/G grimpe à 49,8 % pour le fioul.
À l'échelle du parc complet, la base France DPE compte 15,07 millions de DPE, dont 9,7 % de passoires (F et G confondus). Le baromètre des passoires thermiques suit l'évolution de ces chiffres au fil des mois et permet de mesurer, dans la durée, la résorption du stock.
Qui devrait demander son attestation de nouvelle étiquette
La réforme ne profite automatiquement qu'aux DPE établis depuis le 1er janvier 2026. Pour les diagnostics antérieurs, l'amélioration n'apparaît que si le propriétaire demande son attestation de nouvelle étiquette, gratuite, sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME.
La démarche concerne en priorité les propriétaires de logements chauffés à l'électricité dont le DPE date d'avant 2026, en particulier lorsque le logement se situe près d'un seuil de classe : une étiquette F peut devenir E, une E devenir D, sans travaux ni nouveau diagnostic. Pour une vente ou une mise en location, ce document actualisé peut faire une différence concrète. Les modalités complètes sont détaillées sur notre page DPE 2026, et l'outil inspecter mon DPE permet de vérifier les informations de son diagnostic actuel.
Questions fréquentes
Mon DPE établi avant 2026 est-il toujours valable ?
Oui. Les DPE établis avant le 1er janvier 2026 restent utilisables. La réforme n'invalide aucun diagnostic : elle permet simplement d'obtenir gratuitement une attestation de nouvelle étiquette tenant compte du coefficient abaissé à 1,9, sans refaire de DPE. Notre page DPE 2026 explique la démarche.
Comment obtenir gratuitement la nouvelle étiquette de mon logement ?
L'attestation de nouvelle étiquette se demande sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME. Elle est gratuite et ne nécessite pas de nouveau passage d'un diagnostiqueur. Elle concerne les DPE établis avant 2026, en particulier pour les logements chauffés à l'électricité.
La réforme a-t-elle vraiment sorti 850 000 logements de F/G ?
Le chiffre de 850 000 logements est une estimation gouvernementale de l'effet mécanique du nouveau coefficient. Six mois après, cet effet ne se lit pas dans les flux de nouveaux DPE, biaisés par l'arrivée de logements plus énergivores au diagnostic (le même phénomène s'observe sur le gaz). Le stock, lui, compte encore 550 624 logements électriques en F ou G selon les données France DPE.
Pour aller plus loin
- Cep (Consommation d'énergie primaire)Le Cep (Consommation conventionnelle d'énergie primaire) est l'indicateur officiel utilisé pour calculer l'étiquette énergie du DPE, exprimé en kWh d'énergie primaire par m² et par an.
- Énergie primaireL'énergie primaire est l'énergie contenue dans les ressources naturelles avant transformation. C'est l'unité utilisée pour l'étiquette énergie du DPE.
- Passoire thermiqueUne passoire thermique est un logement classé F ou G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), avec une consommation supérieure à 330 kWh/m²/an d'énergie primaire.
- Classe DPELa classe DPE est une note de A à G attribuée à un logement selon sa consommation d'énergie primaire et ses émissions de gaz à effet de serre, telle que définie par l'arrêté du 31 mars 2021.
Sources
Chiffres France DPE : base ADEME Observatoire DPE-Audit et DVF, Licence Etalab 2.0, recalculés quotidiennement.