Article · publié le 12 juillet 2026
Construits après 2021 et déjà bouilloires : pourquoi le neuf recule sur le confort d'été
La part de logements mal armés contre la chaleur diminuait régulièrement à mesure que le bâti se modernisait. Selon les données France DPE, la tendance s'inverse sur la période la plus récente : 24 % des logements construits après 2021 ont un confort d'été insuffisant, contre 17,9 % pour la génération 2013-2021. Décryptage d'un recul que la RE2020 était censée empêcher.
Écrit par Paul Arrial · Co-fondateur de France DPE · Expert investissement immobilier
L'étiquette ne protège pas de l'été
Nous avons documenté le paradoxe des « A-bouilloires » : 30 % des logements classés A ont un confort d'été insuffisant, l'étiquette mesurant une consommation d'énergie dominée par le chauffage. L'étude Pouget x IGNES de juin 2026 précise le mécanisme : parmi ces logements A mal notés l'été, l'écrasante majorité n'a pas de protections solaires extérieures. Le bâti performant a sacrifié le volet au profit de la baie vitrée.
La question qui suit est plus dérangeante : le problème se corrige-t-il avec le temps ? Nos données disent que non.
Le neuf récent recule
Plus surprenant encore : la part de confort d'été insuffisant, qui décroissait régulièrement avec l'année de construction, remonte sur la période la plus récente.
| Période de construction | Confort d'été insuffisant |
|---|---|
| 1989-2000 | 28,1 % |
| 2001-2005 | 26,5 % |
| 2006-2012 | 21,5 % |
| 2013-2021 | 17,9 % |
| Après 2021 | 24,0 % |
L'échantillon post-2021 est plus réduit (77 000 DPE) et son mix maisons/appartements diffère, mais la tendance interroge, alors même que la réglementation environnementale 2020 a précisément introduit un critère de confort d'été chiffré : les « degrés-heures » d'inconfort, plafonnés à 1 250 DH par an pour une maison (jusqu'à 1 850 en zone bruyante, où dormir fenêtres ouvertes est impossible), au-delà desquels la construction n'est pas conforme. Entre les seuils, le dépassement se paie en pénalité de consommation, pas en interdiction : l'arbitrage économique peut rester défavorable aux protections solaires.
Maisons et appartements : deux vulnérabilités différentes
Nos données donnent l'avantage aux appartements sur l'indicateur bâti : 31,4 % d'insuffisant contre 47,7 % pour les maisons, dont la toiture, souvent mal isolée dans l'ancien, est la première source de surchauffe. Le ressenti raconte pourtant l'inverse : l'enquête nationale logement montre un risque de souffrir de la chaleur trois fois supérieur en appartement. Les deux sont vrais : l'appartement bénéficie du bâti mitoyen (moins de parois exposées), mais concentre les facteurs que l'indicateur ne voit pas, l'étage sous toiture, l'îlot de chaleur urbain (3 à 4 °C de plus en moyenne dans les grandes villes, jusqu'à 8-10 °C en pointe à Paris selon l'ADEME) et l'impossibilité fréquente d'installer des protections en copropriété.
Les sénateurs viennent d'ailleurs d'assouplir ce dernier verrou : le projet de loi logement adopté le 8 juillet facilite le vote des travaux d'adaptation à la chaleur en copropriété et l'accord des architectes des bâtiments de France pour la pose de volets.
Ce qu'il faut retenir avant d'acheter ou de faire construire
L'étiquette ne suffit pas : demandez l'indicateur de confort d'été du DPE, vérifiez les protections solaires extérieures des baies sud et ouest, le caractère traversant et l'isolation de toiture. Sur plan, exigez le calcul des degrés-heures. Et pour situer le bâti de votre commune, la section confort d'été de nos pages statistiques locales chiffre la part de logements armés, ville par ville, sur les DPE réels.
Questions fréquentes
Un logement classé A peut-il vraiment être une bouilloire thermique ?
Oui. L'étiquette DPE mesure la consommation d'énergie, dominée par le chauffage. Selon les données France DPE, 30 % des logements classés A ont un confort d'été insuffisant, le plus souvent faute de protections solaires extérieures sur les baies vitrées.
La RE2020 garantit-elle le confort d'été des constructions neuves ?
Elle l'encadre sans le garantir : l'indicateur degrés-heures plafonne l'inconfort simulé à 1 250 DH par an, mais entre 350 et 1 250 DH le dépassement se traduit par une simple pénalité de consommation. Dans nos données, 24 % des logements construits après 2021 ont un confort d'été insuffisant au sens du DPE.
Pour aller plus loin
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Sources
Chiffres France DPE : base ADEME Observatoire DPE-Audit et DVF, Licence Etalab 2.0, recalculés quotidiennement.