Article · publié le 10 juillet 2026
Passoire l'hiver, bouilloire l'été : 64 % des logements classés G souffrent aussi de la chaleur
Le projet de loi logement, adopté au Sénat le 8 juillet, veut permettre la relocation de logements F et G contre engagement de travaux. Ses opposants l'accusent de vouloir « sauver les bouilloires thermiques ». Que disent les données ? Selon France DPE, le croisement des deux indicateurs est sans appel : 64,1 % des logements classés G ont aussi un confort d'été insuffisant. La passoire d'hiver et la bouilloire d'été sont très souvent le même logement.
Écrit par Paul Arrial · Co-fondateur de France DPE · Expert investissement immobilier
Le débat parlementaire de l'été 2026 a fait se percuter deux notions : les passoires thermiques (classes F et G, mal isolées l'hiver) et les « bouilloires thermiques » (logements invivables l'été). Lors de la présentation du projet de loi logement le 24 juin, en pleine canicule, la Confédération nationale du logement a accusé le gouvernement de vouloir « sauver les bouilloires thermiques » en réautorisant la location de logements G sous condition de travaux.
Une question factuelle mérite d'être posée : les passoires sont-elles réellement des bouilloires ? Après le constat national et la carte des départements, voici la matrice complète, étiquette par étiquette.
La matrice complète, étiquette par étiquette
Selon les données France DPE (8,16 millions de DPE dont l'indicateur de confort d'été est renseigné), la corrélation entre mauvaise étiquette hivernale et surchauffe estivale est nette :
| Classe DPE | Confort d'été insuffisant |
|---|---|
| A | 30,0 % |
| B | 29,9 % |
| C | 28,7 % |
| D | 37,9 % |
| E | 45,5 % |
| F | 53,7 % |
| G | 64,1 % |
Un logement G a 2,2 fois plus de risques d'être une bouilloire qu'un logement C. La raison est physique : les défauts qui laissent fuir la chaleur l'hiver (toiture non isolée, menuiseries anciennes, absence de protections solaires) laissent aussi entrer le soleil l'été. Environ 6 passoires sur 10 sont des bouilloires, un ordre de grandeur que l'étude Pouget x IGNES de juin 2026 retrouve de son côté.
Ce que ça change au débat sur les 700 000 logements F et G
Le texte adopté au Sénat le 8 juillet permettrait de relouer un logement G si le propriétaire s'engage dans des travaux (devis signé, acompte versé). Le chiffre ministériel de 700 000 logements « remobilisables » est au cœur du débat.
Nos données ajoutent un éclairage : si ces logements reviennent sur le marché locatif sans rénovation effective, près des deux tiers exposeront leurs locataires à la surchauffe estivale en plus du froid hivernal. L'enjeu sanitaire n'est pas théorique : Santé publique France attribue plus de 5 700 décès à la chaleur pour le seul été 2025, et la semaine de canicule du 22 au 28 juin 2026 a vu la mortalité toutes causes bondir de 29 %, avec des décès à domicile en hausse de 91 %.
Les sénateurs en ont d'ailleurs tenu compte : plus de vingt amendements « chaleur » ont été intégrés au texte, dont l'entrée du confort d'été dans la définition de la rénovation performante et un vote facilité pour les travaux d'adaptation en copropriété.
La rénovation qui traite les deux à la fois
La bonne nouvelle de cette corrélation : les travaux qui sortent un logement du statut de passoire améliorent le plus souvent son été. Isoler la toiture est le geste le plus rentable sur les deux tableaux. S'y ajoutent, spécifiquement pour l'été, les protections solaires extérieures (4 à 5 °C de gain selon les simulations citées par la Fondation pour le Logement) et la ventilation traversante.
Pour situer votre bien : la page statistiques DPE de votre commune croise étiquettes et confort d'été localement, et notre simulateur DPE estime l'effet de travaux sur l'étiquette. Côté marché, rappelons que la décote des passoires est mesurable : une maison G se vend en moyenne 16,4 % de moins qu'une équivalente en D, un écart chiffré dans notre observatoire de la décote.
Questions fréquentes
Les passoires thermiques sont-elles toutes des bouilloires ?
Pas toutes, mais la corrélation est forte : selon les données France DPE, 64,1 % des logements G et 53,7 % des F ont un confort d'été insuffisant, contre 28,7 % des logements C. Les défauts d'isolation et l'absence de protections solaires pénalisent les deux saisons.
Un logement bien classé au DPE peut-il être une bouilloire ?
Oui. Environ 30 % des logements classés A ou B présentent un confort d'été insuffisant : l'étiquette DPE mesure la consommation d'énergie (dominée par le chauffage), pas la capacité à rester frais. Un logement très isolé mais sans volets ni ventilation traversante peut surchauffer.
Que prévoit le projet de loi logement pour le confort d'été ?
Le texte adopté au Sénat le 8 juillet 2026 intègre le confort d'été dans la définition de la rénovation performante et dans le parcours accompagné de MaPrimeRénov, facilite le vote de travaux d'adaptation en copropriété et assouplit l'avis des architectes des bâtiments de France pour la pose de volets. Il doit encore être examiné par l'Assemblée nationale à la rentrée.
Pour aller plus loin
- Passoire thermiqueUne passoire thermique est un logement classé F ou G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), avec une consommation supérieure à 330 kWh/m²/an d'énergie primaire.
- Classe DPELa classe DPE est une note de A à G attribuée à un logement selon sa consommation d'énergie primaire et ses émissions de gaz à effet de serre, telle que définie par l'arrêté du 31 mars 2021.
- Loi Climat et RésilienceLa loi Climat et Résilience du 22 août 2021 instaure le calendrier d'interdiction progressive de location des passoires thermiques entre 2025 et 2034.
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Sources
Chiffres France DPE : base ADEME Observatoire DPE-Audit et DVF, Licence Etalab 2.0, recalculés quotidiennement.